![]() |
![]() | ||
| |||
| Septembre 2002 | |||||||
| |||||||
|
D'une manière générale, la baisse de la délinquance ne peut en effet passer que par une présence accrue des forces de l'ordre sur le terrain, et bien évidemment par une constance de la réponse judiciaire en bout de chaîne. |
M&M : Vous avez réalisé une étude directement auprès des jeunes délinquants. Y a-t-il une délinquance spécifique des jeunes ? SR : Oui, la délinquance des jeunes est faite largement de petites ou grosses dégradations (entre 11-15 ans), puis elle devient orientée vers le vol et le trafic (17-19 ans). Les bagarres et les coups sont stables entre 15 et 19 ans. Un bon tiers des bagarres sont des règlements de compte entre bandes ou groupes. On ne connaît pas cela chez les adultes. Enfin, plus de 10 % des jeunes transportent une arme sur eux (même si ce n'est pas tous les jours qu'ils l'ont dans la poche). Même s'ils disent vouloir se protéger, lorsqu'un incident éclate, cela aggrave les conséquences. D'une manière générale, ceux qui se bagarrent ou volent le plus s'arment. Le couteau est un outil de productivité : on convainc plus vite de lâcher le blouson ou le mobile. M&M : Pour beaucoup de citoyens, la délinquance est souvent assimilée aux jeunes maghrébins ou musulmans. Comment réagissez-vous ? SR : Tout d'abord ce n'est pas la religion qui fait la délinquance. Mais il faut regarder la réalité en face. Les jeunes d'origine maghrébine sont plus délinquants que ceux d'origine française. Et même nettement plus : 2 à 3 fois plus selon les actes. Avec l'enquête de délinquance auto-déclarée que nous avons réalisée, on ne peut plus se permettre d'accuser la police de tourner son activité vers ces jeunes et d'en trouver plus qui sont délinquants. D'après leurs propres déclarations, ils commettent plus de petits délits (vols sans violence, petites dégradations) et surtout plus de délits graves (cambriolages, vols de voiture, caillassages, incendies, coups violents). Les 5 % les plus actifs, autrement dit les “noyaux durs”, lorsqu'ils sont formés de délinquants d'origine maghrébine réalisent 86 délits par tête contre 42 pour ceux d'origine française. Pour les délits graves, les chiffres sont de 16 contre 5. On ne saurait dans ces conditions s'étonner que certains jeunes aient très mauvaise réputation. M&M : Capitaine Olivier Le Bianic, comment se compose la compagnie que vouscommandez depuis Meylan ? OLB : La compagnie de gendarmerie départementale de Meylan, que j'ai l'honneur de commander, comprend onze brigades territoriales réparties dans la vallée du Grésivaudan (Pontcharra, Allevard, Le Touvet, Goncelin, Villard-Bonnot, Domène, Saint-Ismier, Meylan), dans la cluse de Voreppe (Saint-Égrève et Voreppe) et en Chartreuse (Saint-Laurent du Pont) ; ce à quoi il faut rajouter un groupe de commandement, une brigade de recherches et un peloton de surveillance et d'intervention (tous trois basés à Meylan).L'ensemble représente 180 militaires. M&M : Quelle est votre action sur la commune par rapport à la délinquance ? OLB : Les actes de délinquance commis sur la commune de Meylan sont caractéristiques : plus de 90 % sont constitués par des vols, et ils se répartissent sur toute l'échelle de gravité allant du vol simple au vol à main armée, en passant par le vol avec effraction. Le revenu moyen par habitant de ce canton, et les signes extérieurs qui en découlent, génèrent un pouvoir d'attraction particulièrement fort pour les malfrats de toute l'agglomération grenobloise qui considèrent Meylan comme un véritable supermarché. Il est à noter que la part des auteurs mineurs y est plus forte qu'ailleurs et qu'elle a tendance à s'accroître encore. Ces faits délictueux ne s'étalent pas régulièrement au fil de l'année, ils se concentrent en vagues successives, comme l'ont montré le démantèlement par la compagnie de gendarmerie de Meylan d'une bande de cambrioleurs spécialistes des vols d'ordinateurs dans les sociétés de la ZIRST en mars 2001, ou encore l'interpellation en octobre 2001 d'une équipe de roumains auteurs de plus de 280 cambriolages de résidences dans la région. Ces investigations sont toutefois longues et délicates, et la coopération des habitants est souvent difficile à obtenir. La collaboration avec les élus et différents services de la commune est permanente : elle permet d'orienter le service de la gendarmerie en fonction des attentes de la population, d'échanger des informations et de mettre en place des actions communes, avec la police municipale par exemple. S'agissant de l'organisation locale de la gendarmerie, les moyens de la brigade de gendarmerie de Meylan sont mutualisés avec ceux de la brigade de Saint-Ismier, pour une meilleure présence sur le terrain, de jour comme de nuit, sur l'ensemble des deux cantons. Les effectifs globaux sont toutefois encore largement sous-dimensionnés au regard d'une population qui a augmenté rapidement, et je souhaite évidemment pouvoir bénéficier dans ce secteur d'une partie des personnels supplémentaires annoncés par le gouvernement pour y renforcer l'action de la gendarmerie. D'une manière générale, la baisse de la délinquance ne peut en effet passer que par une présence accrue des forces de l'ordre sur le terrain, et bien évidemment par une constance de la réponse judiciaire en bout de chaîne.
Sébastien Roché |
![]()
| |||||