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| Décembre 2002 | |||||||
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La vie de Jean-Baptiste AUBERT-DUBAYET a été courte, mais bien remplie. En quarante ans d'existence, il a connu la gloire et a assumé des responsabilités publiques considérables. C'est pourquoi son nom a été donné à l'Hémicycle où siège l'Assemblé Départementale de l'Isère. Il m'a paru intéressant de rappeler à grands traits la biographie de cette personnalité locale, qui a habité le canton de Meylan, plus précisément Corenc, dans le domaine du Bâchais.
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Jean-Baptiste-Annibal AUBERT voit le jour le 19 août 1757 en Louisiane, alors française, à la Mobile (aujourd'hui Mobile, port de l'Alabama), où son père Jean-Baptiste Michel AUBERT sert comme Officier d'Infanterie. Très tôt, il envoie son fils en France pour faire ses études en Dauphiné. A l'âge de dix-huit ans, il commence une carrière militaire. En 1778, il est Sous-Lieutenant au Régiment de Bourbonnais, à Nancy. Un an plus tard, il retourne en Amérique pour prendre une part active à la guerre d'Indépendance. Il est Lieutenant aux côtés de LA FAYETTE. Lorsque son père décède, Jean-Baptiste n'est âgé que de 22 ans. Son oncle, Martin DU BAYET, Maréchal de Camp, lui lègue alors son patrimoine, la propriété du Bâchais et des terres à Sassenage, sous réserve qu'il accepte son patronyme. En 1784, Jean-Baptiste qui s'appelle maintenant AUBERT-DU-BAYET rentre en France. Il est affecté comme Capitaine à Metz. La vie de garnison en Lorraine lui pèse après son expérience américaine. Il quitte l'armée un an plus tard et gagne Grenoble. Là, il épouse le 18 janvier 1786 Jeanne POUCHOT DE SOULIERE, fille d'un avocat au Parlement du Dauphiné et nièce du prieur Joseph POUCHOT. Cet ancien curé de Saint-Ferjus deviendra l'Evêque constitutionnel de Grenoble. C'est à Corenc que Jean-Baptiste installe son foyer. Une fille unique, va naître de son union avec Jeanne le 4 janvier 1787. Dès lors, il reste dix ans à vivre à Jean-Baptiste AUBERT-DUBAYET, qui va supprimer la particule de son nom. Cette décade va représenter une extraordinaire chevauchée à travers l'histoire de France, bouleversée par la Révolution. Jusqu'en novembre 1789, AUBERT-DUBAYET ne s'illustre guère. Cependant, il participe à Grenoble à la création d'une société de pensée dont il deviendra le Président en 1790. Elle regroupe des hommes n'ayant joué aucun rôle dans la réunion des notables dauphinois à Vizille en 1788. Ce sont DUMOLARD, AMAR, REAL, GENISSIEU et MICHAL, passionnés d'idées nouvelles, mais aussi des opportunistes fortunés comme le Président BARRAL de MONTFERRAT et l'avocat général SAVOYE-ROLLIN. Leur association s'appellera successivement : Société Patriotique, Société des Amis de la Constitution et Société Populaire. Ses membres s'opposent à la tentative faite par MOUNIER pour réunir les États du Dauphiné après sa démission de l'Assemblée Constituante au cours de l'été 1789. La carrière politique de Jean-Baptiste AUBERT-DUBAYET débute véritablement en 1790, quand les provinces royales cèdent le pas aux départements en application de la loi du 22 décembre 1789. Il est élu le 3 novembre 1790 à la Présidence de l'Assemblée des délégués de l'Isère. Il est donc le premier Président en exercice du Conseil général de notre département. En 1791, le 28 août précisément, le collège électoral de l'Isère se réunit à Vienne pour choisir 9 représentants à l'Assemblée Législative, qui succèdera à l'Assemblée Nationale Constituante. AUBERT-DUBAYET est désigné. Le nouveau Député de l'Isère va siéger parmi les Indépendants favorables à une Monarchie Constitutionnelle Libérale au sein d'une assemblée peu expérimentée. En effet, Robespierre a fait interdire la réélection des membres de la Constituante. De plus, la présidence est tournante. AUBERT-DUBAYET occupe cette charge du 8 au 23 août 1792. Pendant cette période, l'émeute du 10 août 1792 inquiète beaucoup de français et particulièrement AUBERT-DUBAYET. Elle entraîne le vote de la déchéance du Roi par l'Assemblée Législative avant sa dissolution le 21 septembre pour laisser la place à la Convention Nationale. C'est alors qu'AUBERT-DUBAYET, âgé de 35 ans, demande à reprendre sa carrière militaire. Il est nommé Colonel puis Maréchal de Camp. En 1793, il est Général à l'Armée du Rhin sous les ordres du Comte de Custine. Dans la défense de Mayence, il joue un rôle de premier plan, aux côtés de Jean-Baptiste KLEBER qui devient son ami. Malheureusement, la garnison de la ville doit se rendre. En France, les représentants du peuple ordonnent l'arrestation des signataires de la capitulation. AUBERT-DUBAYET est conduit à Paris. Le 7 août 1793, il se justifie devant la convention. AUBERT-DUBAYET est alors envoyé avec les troupes de Mayence en Vendée. Malgré les victoires remportées par les "Mayençais" à Saint Symphorien et Cholet, une nouvelle dénonciation provoque son rappel à Paris. La Convention décrète sa mise en accusation. AUBERT-DUBAYET est incarcéré le 8 novembre 1793. Il lui faut attendre Thermidor pour être libéré. Après avoir passé près d'un an en prison, AUBERT-DUBAYET n'obtient aucune affectation jusqu'à la fin de 1794. Il se retire en Isère auprès de sa femme et de sa fille. En janvier 1795, il reçoit l'ordre de rejoindre KLEBER sur le Rhin pour être son aide de camp. Cette mission est de courte durée. Rapidement, AUBERT-DUBAYET est appelé au commandement de l'armée des Côtes de Cherbourg. Il doit prêter main forte à Lazare HOCHE, lui aussi libéré après Thermidor, et qui assume depuis plusieurs mois la lourde tâche de réduire l'insurrection Vendéenne. Les deux hommes vont se lier d'amitié. Ils s'inspirent des mêmes principes d'humanité et cherchent l'apaisement par la négociation. A l'avènement du Directoire, en novembre 1795, AUBERT-DUBAYET est nommé Ministre de la Guerre. Homme d'action, il semble peu intéressé par les dossiers. Aussi, il est brocardé par la presse qui a retrouvé la liberté d'expression. A la suite d'un conflit avec Lazare CARNOT, membre du Directoire, organisateur méthodique des armées de la République, AUBERT-DUBAYET démissionne le 8 février 1796. Cependant, avant de quitter le Ministère de la Guerre, il a initié une décision importante. Défendant HOCHE contre ses détracteurs, il propose sa nomination en tant que généralissime plénipotentiaire des Armées de l'Ouest. Le départ d'AUBERT-DUBAYET du Ministère de la Guerre est un tournant de la période post-Thermidorienne. Il révèle la situation conflictuelle qui existe entre le Directoire et les jeunes chefs des armées révolutionnaires. Le Directoire reconnaît les services rendus par AUBERT-DUBAYET, et le nomme Ambassadeur auprès du Sultan de Turquie. Un long voyage par terre lui permet de rencontrer à Vérone le Général BONAPARTE. Il arrive à Constantinople en septembre 1796 après une pittoresque traversée des Balkans. Il n'est reçu par le Sultan SELIM III que le 17 janvier 1797. Mais la cérémonie est organisée avec faste par la sublime porte. Le Sultan pour la première fois accepte que la République Française soit officiellement représentée auprès de lui. AUBERT-DUBAYET noue des liens dans l'entourage du Sultan pour ruiner l'influence de l'Angleterre. Profitant de la mort récente de Catherine II (1796), il offre aux Turcs une alliance contre la Russie. Une brusque maladie va mettre un terme à ses intrigues. Une fièvre maligne l'emporte en quelques jours. Il meurt le 7 décembre 1797 âgé de 40 ans. Il est enterré à Pera sur la rive nord de la Corne d'Or. Tel a été le destin de Jean-Baptiste AUBERT-DUBAYET, récemment redécouvert : Président de la première Assemblée Départementale de l'Isère, puis sorte de météore de la vie politique d'une époque riche en événements glorieux et douloureux. AUBERT-DUBAYET était courageux et intrépide jusqu'à l'imprudence, Démocrate sincère, formé à l'Ecole de George WASHINGTON. Il me paraît bon qu'en Isère on s'intéresse à sa vie aventureuse. Souvenons-nous qu'il a osé malgré la terreur, penser que la paix et le bonheur en Vendée comme en France, passaient par la réconciliation nationale.
Guy-Pierre CABANEL |
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